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mercredi 23 août 2017

"Ecrire ou mourir" de Michel Houellebecq


Ecrire est un cri que personne n'entend, une bouteille à la mer que la mer emportera. C'est à toi que je m'adresse, toi qui m'attend là-bas. Je t'écris la critique d'un film qui ne verra jamais la nuit. Une missive lancée vers l'inconnue. Imagine un mouvement lent, un son assourdissant. Regarde ton écran. Tu saisis? Je suis dans les entrelacs de son scintillement. Discontinu, je ne fais sens qu'une fois sur deux. A nous deux nous ferons sens.

Ecrire est un cri qui ne fait aucun bruit. Entends-tu la mer emporter tes sens? Je m'adresse à une adresse inconnue et attends que la nuit déroule son film. Un mouvement assourdissant. Me vois-tu scintiller dans la lenteur de notre pas de deux? A nous deux nous referons le monde sur grand écran. 

Ecrire c'est aimer l'inconnu, boire tout son soûl. Je t'envoie ce missile qui te mettra à nu. Je vois ton corps se mouvoir lentement et m'inviter dans la danse. Je ferme les yeux et savoure l'explosion de mes sens. C'est tout. 

Ecrire c'est vivre maladroitement. Un peu de sens, un peu de bruit qui résonne à l'infini. A chaque mot je renais, je fuis. A chaque ligne je perçois la suivante qui m'emportera vers un horizon vague. 

Ecrire c'est mourir aux yeux de tous. Lentement. Infiniment. Je divague. Si j'avais su. Si j'avais bu. A nous deux nous aurions tout fait au vu et au su de tous. Nous nous serions aimés entre la mer et l'horizon, dans les yeux, à l'unisson. 

Le temps d'un film.

mardi 9 mai 2017

"Twin Peaks: Le Retour" de David Lynch


La série culte de David Lynch est de retour. Lui qui a fait ses adieux au grand écran, investit de nouveau le petit, ce jardin abandonné aux mauvaises frayeurs rampantes et bons sentiments sirupeux. Ce bouillon de sous-cultures, David Lynch le connaît bien. Il y a cultivé les nymphéas de ses obsessions et pêché ses plus belles idées. Des vidéos amateurs de Lost Highway à la mise en abyme télévisuelle d’Inland Empire, en passant par l’ouverture cathodique de Twin Peaks: Fire Walk With Me, le petit écran n’a eu de cesse de nourrir le grand œuvre de David Lynch. C'est cette boîte à images qui meuble la chambre obscure de notre inconscient et du sien, et fait partie de notre quotidien bien plus que le cinéma. Lynch a bien essayé d'émouvoir le grand public à travers ses films, mais a surtout touché le petit club des cinéphiles. La série télévisuelle Twin Peaks fut l’exception. Elle lui permit d’emporter l’enthousiasme d’un public bien plus large.

Ce retour aux sources de sa série culte répond probablement à son envie de faire de nouveau chialer tous ceux qui ont perdu le sens des télé-réalités. Faire vibrer les amateurs des super-pornos de Marvel et trembler les adorateurs des zombies du PAF. Nous faire passer de l’autre côté du miroir médiatique. Nous faire pénétrer la chambre rouge d’Hollywood, la fabrique à rêves, le cauchemar de tout réalisateur qui veut donner de la profondeur à un cinéma trop formaté et superficiel.

Hollywood, c’est là-bas que nous vivons tous, l’antichambre où se forment nos opinions et se perdent nos illusions. Hollywood, ce succube qui aspire à nous retirer tout désir d’investir le réel, lui qui a tout empire sur nos sens, il donne aux petits la folie des grandeurs et aux grands de ce monde l’ivresse des pires bassesses. Petit à petit, du grand au petit écran, des fakes news au storytelling, il nous transforme en spectateur apathique de la chute de nos démocraties.

David Lynch reviendra peut-être à ses premières amours, la rose bleue, l’héroïne de sa jeunesse : Feue Marylin. La nymphe, le diptyque, elle, lui, qui dans l’amour se sont perdus, se sont trouvés. Eprise de détours, jumelle dans ses atours, cette double vie s’écroula sous nos regards ahuris et nos esprits abrutis par l’industrie du divertissement. Des paillettes, des étoiles, elle a été engouffrée par Hollywood et dévorée par sa machine à nous raconter des histoires. Nous avons déjà oublié, nous l'avons déjà rangée dans notre collection de films et séries télé à ne plus regarder. Le passé est bien vite passé. Il ne tient qu’à un fil de poussière, une poudre de perlimpinpin, qui nappe nos souvenirs sérialisés.

Aide-nous David à atteindre des sommets de beauté et quitter ce monde des images en douceur, aide-nous à trouver les mots qui auront un jour prise sur nos cœurs et notre destin.

lundi 19 novembre 2012

"Amour" de Michael Haneke


On mesure généralement à tort ou à raison la qualité d’un film à la quantité d’émotions qu'il peut procurer au spectateur. Les rires tonitruants. Les chaudes larmes. Il m’est arrivé de sourire lors de certaines scènes d’Amour, de m’identifier aussi et de penser avec tristesse à la perte d’un être cher. Je n’ai pas pleuré, mais j’ai ressenti à un moment un frisson rare dans le cinéma de ce réalisateur qui interpelle le plus souvent notre intelligence. Cette réaction inattendue de mon corps s’est manifestée lors de la séquence des tableaux à l’huile. Ces paysages de campagnes et de rivages, ces fenêtres qui ouvrent sur notre imaginaire ont rappelé  à mon souvenir un des premiers plans du film, celui du cadavre de la femme maculé de fleurs des champs, un plan parfait, magnifique, d’une beauté ineffable. Ce premier plan a été un choc visuel qui, par sa brièveté, sa violence, sa force a parlé avant tout à ma raison. Il m’a dit que la mort était là, dans cette maison. Elle rode encore dans ma mémoire, me hante et comme cette femme qui peu à peu perd conscience, comme cet homme qui progressivement perd pied avec le réel, ce plan initial, annonciateur de la fin, a grandi en moi pour enfin me faire comprendre qu'elle n’aurait pas lieu. Quand la mort pénètre la demeure d’Anne et Georges, l’appartement est vide : l’Amour a déjà recouvré sa liberté, emporté par la folie.

samedi 11 août 2012

"Promotheus" de Ridley Scott


Une scène de Blade Runner me revient à la mémoire : Le personnage joué par Harrison Ford force, dans la pénombre de son appartement, une jeune femme à sortir de sa frigidité robotique. En se donnant à lui, elle risque sa vie. Dès les premiers signes d’abandon, un mécanisme d’auto-destruction se met à l’œuvre au cœur de ses circuits. Elle est condamnée à s’éteindre au bout de quatre années. La mort est annoncée. Tel est le prix à payer pour vivre comme les autres. Elle le sait. Elle a peur. Lui ne pense qu’à son désir de la posséder. Il la saisit. Elle cherche à s’enfuir de son emprise. Il claque la porte et lève les mains comme un prédateur subjuguant sa proie avant de la dévorer. Il y a quelque chose d’étrange dans cette scène : une brutalité et un manque cruel de sensualité. Ce qui n’est pas connu du spectateur à ce moment précis du film, c’est que cette scène, où l’humanité de ces deux personnages semble forcée, se déroule justement entre deux robots. Quel est donc le sens de ce désir de fusion entre deux êtres qui ne peuvent se reproduire ? Un défaut de fabrication ? L’auto-destruction serait-elle au cœur de leur vie programmée, le suicide au centre de la cinématographie de Ridley Scott? La vie y engendre la destruction comme ces corps qui enfantent des Aliens. Incontrôlable, incompréhensible, elle est un feu qui réduit en cendres toutes les ambitions humaines, dont celles de ce réalisateur de s’élever au niveau de son maître  Stanley Kubrick. Il est difficile de ne pas comparer Promotheus et 2001 Odyssée de l’Espace : le survol de notre planète comme une terre étrangère, la solitude de la station spatiale, le meurtre au cœur de la condition humaine, la quête éperdue de ses origines.  Le mal est pour Scott cette vie qui nous échappe, cet Alien, ce corps étranger, ce virus sexuellement transmissible dont le personnage féminin principal de Prometheus se débarrasse par un auto-avortement. Si pour Kubrick l’humanité s’exprime dans ce geste radical du singe qui fracasse le crane de son semblable, lance son arme au ciel et son regard vers l’infini, chez Scott elle est une erreur de la création qu’il serait presque tenté de rayer d’une croix. Pour s’élever au-dessus des hommes, il faut, malgré leurs erreurs, leur cruauté, leur vanité, leurs errances, commencer par les aimer et toujours croire que son salut ne se situe nulle part ailleurs que dans le prochain. Ainsi parlait Zarathoustra.

lundi 10 octobre 2011

"La piel que habito" de Pedro Almodóvar



Isolée au sein d’un corps étranger, la conscience fait son monologue intérieur dans un silence de cathédrale, vit sa vie sans pouvoir sonder son propre cœur et observe son semblable comme une bête fauve, le reflet d’un reflet dans un miroir déformant. Des yeux sans visage. Dans le corps de l’un, dans le corps de l’autre, la solitude cherche vainement une fin à son histoire. 

dimanche 28 août 2011

"Poetry" de Lee Chang-Dong

La mort d’un être,
La mort d’un fils.
La vie, un édifice,
Détruit, ne fait que renaitre.

Je voudrais être celle qui,
A force d’être,
Survit à l’oubli,
Au hasard.

Je voudrais renaitre
Des cendres de mes écrits.

Je voudrais épouser ce regard
Qui dans la nuit me poursuit.

dimanche 31 juillet 2011

"Harry Potter et les reliques de la mort - partie 2" de David Yates


Harry est arrivé au bout de son histoire, de son adolescence. Il a réussi à accepter la mort, il en a fini avec la magie, le fantastique, ses rêves de puissance. Il a accepté de rester sur le quai et laisser partir le train de la vie, sans lui. Si les fans pleurent c’est parce qu’ils nourrissent comme Harry le désir de devenir le maitre de leur destin avant que celui-ci ait le mot de la fin. Si les éternels adolescents pleurent c’est parce que le véritable héros de cette histoire, Voldemort, a capitulé, celui qui laissa sa marque sur le front d’Harry, celui qui en fit un être exceptionnel, torturé, ambigu, son père spirituel, son guide, celui qui voulait vivre au-delà de la mort. Il a été vaincu, mais vive celui sans qui aucune histoire vaudrait d’être vécue, sans qui la vie n’aurait pas de sens, sans qui Harry serait à jamais resté, tout comme son meilleur ennemi, dans l’enfance !

jeudi 14 juillet 2011

"The Tree of Life" de Terrence Malick

La vie est un geste ample qui embrasse l’histoire des hommes. L’homme voudrait la saisir, la comprendre, mais comme l’eau, elle lui coule entre les doigts. Tant de plaisirs elle procure jusqu’au jour où elle emporte vos espoirs, vos illusions, un enfant. Chaque inspiration est un poison, chaque expiration, le souffle d’un volcan, chaque pas celui du renoncement. L’homme prend alors ses distances, observe, les yeux remplis de larmes, la vie suivre son cours, sans lui, lui qui filme les acteurs de sa vie, lui qui regarde un écran en attendant de vivre ; lui qui attend que la mort le surprenne, il donne sa peine à vivre au cinéma.

mardi 29 mars 2011

"La femme d’à côté" de François Truffaut

François Truffaut avait peur de la mort. Qui n’a pas peur d’elle ? Elle qui est si belle, si mystérieuse, si attirante, elle qui vit à côté de chez nous. Nous la croisons chaque jour, elle accompagne nos pas, notre respiration, elle trouble notre présent, hante notre passé, nous emmène irrémédiablement sur le chemin sinueux de la folie. La peur de la mort chez Truffaut est irraisonnée et se traduit souvent par une peur de conclure, si ce n’est par elle, comme pour mieux la conjurer. Et c’est bien la fin de ce film qui surprend par son incongruité. « Ni sans toi, ni avec toi » : Truffaut voudrait nous faire croire que le meurtre-suicide des amants est l’illustration parfaite de cette conclusion ambiguë. Or il ne fait pas ici le choix de l’ambigüité. Il fait celui du « sans moi ». Il semble tant apprécier la naissance de cette histoire, le réveil de cet amour, les regards langoureux, la vie, les enfants qui animent les travellings, le balancement gracieux entre les deux maisons, qu’il ne peut supporter qu’elle s’achève et expédie la fin dans un tragique exagéré et oiseux. Truffaut semble vouloir donner une réponse définitive à ses interrogations, mettre un point final à ses doutes, se débarrasser de la mort sans état d’âme. Il lui donne pourtant un rôle inespéré, incarnée magnifiquement par Fanny Ardant, elle qui, de sa voix sensuelle, aurait dû conclure ce film et emporter Gérard Depardieu dans la vie, cette folie.

'Au-delà du réel' de Ken Russell


La mémoire des premiers hommes est inscrite dans nos gênes et peut-être même celle des premiers temps. Le rêve de tout scientifique mégalomane est de remonter ce courant qui coule dans nos veines jusqu’à la naissance du monde, de percer le secret de nos origines. C’est le projet pas si fou de l’homme de science incarné par William Hurt, au regard perçant, à la sensibilité vive ; son talent crève déjà l’écran dans ce premier rôle déterminant pour sa carrière d’acteur de second plan. L’amour de la vérité perdra ce scientifique tourmenté par la mort prématurée de son père ; l’amour d’une femme le ramènera à la vie et lui fera réaliser que si l’homme nait dans un cri de souffrance, sa conscience meurt dans un cri de jouissance. Cet instant impénétrable, ce climax, il veut l’explorer, l’observer, le théoriser et le revivre pour l’éternité. Il veut se voir sur son lit de mort, détacher l’âme de son corps, saisir cet instant qui échappe à tout homme. Etre et ne pas être, telle la question à laquelle il voudrait répondre sans détour et c’est l’amour qui lui donnera une réponse consternante, ambiguë : la conscience de l’homme ne se révèle que dans son désir de se perdre et la science continue à chercher vainement, mais consciemment, une vérité qu’elle n’oserait trouver. Percer le secret de la vie signerait sont arrêt de mort. Elles cultivent ainsi son mystère en s’efforçant de le démystifier. Nous voudrions bien comme lui tenir le plaisir jusqu’au bout, ne pas laisser la fin venir, mais enfin elle nous emporte dans une explosion effrayante de couleurs et nous rappelle que pour jouir de la vie, nous ne pouvons oublier son lot de souffrances.

mercredi 16 mars 2011

"Avatar" de James Cameron



James Cameron filme l’invisible dans l’obscurité d’un hangar vide. C’est ce que vous pouvez voir dans le ‘making of’ de ce film monstre, la vie palpiter au cœur du virtuel. Il nous invite à passer de l’autre côté, à avoir la foi en le fantastique, à nous perdre dans son imaginaire bleuté. Il nous invite à regarder, à ouvrir les yeux sur le monde, à nous émerveiller comme au premier jour. Sous nos yeux, l’irréel s’anime, bondit, s’envole, s’incarne en elle ; dans ses yeux, le réel s’oublie, s’enfuit, s’étiole et la mort plane sur cet amour virtuel ; et cet amour se fane, s’endort sans elle.

"Chinatown" de Roman Polanski



Que s’est-il passé à Chinatown ? Le film nous met dans l’attente d’un événement tragique à venir. Cet événement a déjà eu lieu. Il brille d’une lumière noire dans l’iris de Faye Dunaway. C’est un amour, un film, qui s’auto-dévore et au milieu duquel brille le regard noir de Nicholson, Polanski, un regard sans passion, froidement posé sur un monde en train de sombrer. Il veut percer le secret de cette vie qui ne l’anime plus et hante le cinéma comme un fantôme, une âme perdue, le vampirise jusqu’à la dernière goutte de sang, la dernière larme, la dernière âme, celle d’un enfant.

dimanche 6 mars 2011

"La Randonnée" de Nicolas Roeg



‘Rien ne va plus’ dit une voix au début du film. Sydney est bruyante, agitée, moderne. Une femme prépare un déjeuner, des fruits, à emporter pour son mari et ses enfants. Le père regarde son fils et sa fille batifoler dans la piscine de la résidence. Tout semble normal et pourtant rien ne va plus pour ce père et ses enfants dont un pique-nique surréaliste en plein désert australien prend un tour tragique. Le père tente vainement de mettre fin à leurs jours avant de mettre effectivement fin aux siens. Le geste est inexpliqué. On imagine une frustration, un désir insatisfait qui, avant le drame, semblait glisser irrémédiablement sur les cuisses nues de l’adolescente. Le suicide du père, comme un coup de tonnerre en plein jour, lance le film, le parcours initiatique de la jeune fille et de son jeune frère dans un milieu hostile qui leur est étrangement clément. Du bruit à la lumière, ils quittent la civilisation et s’en vont vers le soleil couchant. Sur leur chemin, ils rencontrent un aborigène qui leur redonne la joie de vivre, de chasser pour manger à leur faim, de continuer leur route. Il éveille aussi chez l’adolescente des désirs d’une toute autre nature, désirs dans lesquels elle pourrait laisser sombrer sa conscience en toute innocence, mais qu’elle préfère laisser glisser irrémédiablement dans le souvenir, celui d’une enfance perdue. Ne pouvant conquérir le cœur de la jeune fille, ce monde étranger qu’il voit briller dans ses yeux bleus, cette vie effrénée qui semble avoir oublié ses racines, le jeune aborigène, homme enfant, s’évanouit dans la nature après avoir permis à cette aventure de survivre et de s’achever à Sydney, là où elle avait commencé. L’adolescente est devenue femme maintenant, a pris la place de sa mère préparant le déjeuner, de la viande, et se souvient de son innocence perdue. D’une frustration est né un désir d’en finir, une rage de vivre ; de ses yeux bleus est né le cinéma. Du bruit à la lumière, sur ces mots ce termine le film : ‘Rien ne va plus’; et la roue, la pellicule, tourne sans fin.

lundi 21 février 2011

dimanche 20 février 2011

"Amore" de Luca Guadagnino



Entre grâce hitchcockienne et trivialité depalmienne io Sono l’Amore évolue sur un fil de rasoir lumineux.