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lundi 18 décembre 2017

"Je t'aime, je t'aime" d'Alain Resnais

Il me faut faire court. Le temps presse. Personne n'a le temps de me lire ou alors j'ennuie. Pas de style, pas de fond. Au fond, pas le temps. Rester sur l'essentiel et l'air du temps, c'est ce qui importe. Je cherche. Je cherche. L'amour c'est l'essentiel, certes, mais y penser me blesse. Comment s’y prendre ? J'entends des rires. Je pose mes doigts sur mes lèvres. Mes pensées, je vous les offre comme un baiser. J'ai toujours cru que vous les partagiez. Penser à quelqu’un, y penser fort, c'est comme ne rien penser, n'est-ce pas ? Les marques d'affection à moins qu'elles ne se remarquent ne laissent aucune trace. C'est ici que je les laisse pourtant. Autant de lettres d'amour sans destinataire; tant de regrets et d'envies, de bouteilles à la mer. Mais je ne suis pas seul à attirer l’attention, à chercher l'autre et sa compassion. Je vois toutes ces photos d'enfants grandir, à venir, sur Facebook, sur Instagram. Je vois le mien, si beau, si touchant. Je vois ces joies, ces mariages à foison, ces amis autour d'une table ; un frère au sud, un frère au nord, mes parents au centre de tout ; ces paysages magnifiques, ces horizons indépassables. Je sais que c'est l'essentiel, mais tout cela m’échappe.

mardi 14 novembre 2017

"Wonder Woman" de Patty Jenkins

Signe des temps, Wonder Woman s'impose dans l'univers testostéroné des super-héros. Elevée dans la ferveur d'un père tout puissant et la crainte d'un amant westeinien, elle s'octroie tous les attributs machistes, du fouet esclavagiste au phallus-glaive, pour mettre à bas les démons des hommes, et empaler des armées de goujats médusés par son amour ravageur. Elle s'en va jusqu'à émasculer la flèche de l'Église et son patriarcat mâtiné de bons sentiments au paternalisme sirupeux. Elle n'hésite pas non plus à mettre à mal sa féminité pour pulvériser ces fantasmes masculins désormais si honteux et dissiper leur miasme musqué aussi toxique que capiteux.

Signe des temps, Wonder Woman s'amourache d'un brave soldat dont la seule ambition n'est plus tant de sauver le monde de son manichéisme castrateur, que d'immortaliser le jour où il succombe, la fleur au fusil, au charme irrésistible de l'égalité des sexes. 

samedi 5 août 2017

"Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve


Peut-on critiquer un film que l'on n'a pas vu? Il est rare qu'un auteur - qu'il soit de cinéma ou de tout autre chose - sache se réinventer. Que l'on soit génial ou médiocre, on ressasse la même histoire, de l'enfance fantasmée à la vieillesse si redoutée. 

Denis Villeneuve raconte des histoires uniques qui n'en font qu'une, une histoire de famille qui se répète de film en film. D'un drame sanguin à un thriller terreux, que l'enfance soit déchirée, sacrifiée ou préservée, il sérine la même chanson dont seules la mélodie et la rythmique changent d'un air à l'autre. 

Persuadé de se renouveler ne se rend-il pas compte qu'il ne fait qu'approfondir son oeuvre cinématographique? N'aurait-il seulement le désir de la bâtir s'il savait qu'un nouvel amour n'était que la réminiscence d'un ancien? En tout cas elle ne saurait se compromettre dans les interminables compromis commerciaux imposés par la Warner, et je n'ai aucun doute que Blade Runner 2049 sera un film sur l'enfance d'un petit chef-d'oeuvre de science fiction qui échappa lui-même à son auteur, Ridley Scott.

Alors oui on peut critiquer ce que l'on n'a pas vu tant que l'on s'efforce d'imaginer la variation nouvelle d'une vieille antienne.

Le film de Ridley Scott n'a pas grand-chose à voir avec le roman dont il s'inspire. Il s'attarde sur ce fantasme de l'homme moderne de donner une âme à des machines alors qu'il doute lui-même d'en avoir une. C'est cet homme qui veut prendre la place de son createur que Ridley Scott méprise. Que cela soit en 1492, 2019 ou 2049, il n'explore pas seulement de nouvelles terres celluloïdes, mais son propre dédain pour une humanité mue par cette force monstrueuse, dévorante et baveuse - la vie - qui n'engendre que destruction. Il se propose sans état d'âme de l'avorter au sens propre et figuré tout au long de son sinueux chemin de croix cinématographique.

Denis Villeneuve a quant à lui consacré son dernier opus à sauver une vie condamnée à ne faire sens si ce n'est dans les détours extraordinaires de la science fiction. Qu'elle soit brisée ou éphémère, ses films sont des odes à la vie.

Un misanthrope et un philanthrope unissent ainsi leurs contradictions pour répondre aux questions qui hantent des hommes orphelins de toute transcendance. 

Le monde ne se porterait-il pas mieux si l'homme cédait sa place à un robot dénué de cette puissance contre-nature qui le pousserait à sacrifier le monde où il est venu pour conquérir celui où il n'ira jamais?

Le monde ne se porterait-il pas mieux si l'homme abandonnait ses rêves d'immortalité dont celui d'animer des intelligences si artificielles?

Le monde ne se porterait-il pas mieux si l'homme ne se prenait plus pour son propre créateur et acceptait sans broncher sa condition d'ouaille corvéable à merci qu'elle soit électrique ou non?

Le monde du cinéma enfin ne se porterait-il pas mieux si les studios hollywoodiens cessaient de ressasser les mêmes histoires?

Je ne doute pas que Blade Runner 2049 répétera maladroitement comme un enfant l'histoire qui fut à l'origine d'un succès critique et commercial inattendu. Je ne doute pas non plus qu'il échappera à son auteur, son producteur et la Warner telle une créature se jouant de son créateur. Sa beauté formelle qui transpire de sa bande-annonce fait rêver d'un film qui crèvera l'écran pour en révéler la mécanique morphéenne.

dimanche 23 juillet 2017

"The Lost City of Z" de James Gray


Les cheveux dans le vent, Percy Fawcett poursuit le train de ses pensées au coeur de l'Amazonie. Des souvenirs heureux défilent sous ses yeux commes des visages insaisissables sur des quais de gares anonymes. Le regard fixé sur son horizon funeste, les paysages se confondent et son esprit divague. Loin de la superficialité de son monde, rien ne pourra plus l'empêcher de s'elancer le coeur battant vers ses rêves de profondeur. Rien ne pourra plus l'arrêter, ni les amours passées ni une mort certaine. Les cheveux dans le vent, Jack Fawcett laisse rouler quelques larmes sur ses joues comme autant de preuves d'une civilisation perdue entre ici et l'infini.

mercredi 19 juillet 2017

"Sexe, mensonges et vidéo" de Steven Soderbergh


La vie est un tissu de mensonges. Rares et douloureux sont ces moments qui froissent les esprits et déchirent les cœurs. Graham, le héros très discret de cette jeune palme d’or, sait combien la rumeur d’une vérité inavouable peut coûter à une existence sans éclat ni fracas. Il connaît le prix de ce silence qui voile ces mille et un visages de notre quotidien. C’est ce silence que notre confesseur cathodique veut briser en recueillant des secrets de femmes sur le divan de son salon. C’est dans son intimité que notre vidéaste amateur découvre leurs visages troublés par le souvenir d’une première fois. C’est au son de leurs voix langoureuses qu’il s’épanche aussi, et se prend à rêver de cet instant où les brûlures du désir s’apaisent sous quelques larmes de pluie.

mardi 9 mai 2017

"Twin Peaks: Le Retour" de David Lynch


La série culte de David Lynch est de retour. Lui qui a fait ses adieux au grand écran, investit de nouveau le petit, ce jardin abandonné aux mauvaises frayeurs rampantes et bons sentiments sirupeux. Ce bouillon de sous-cultures, David Lynch le connaît bien. Il y a cultivé les nymphéas de ses obsessions et pêché ses plus belles idées. Des vidéos amateurs de Lost Highway à la mise en abyme télévisuelle d’Inland Empire, en passant par l’ouverture cathodique de Twin Peaks: Fire Walk With Me, le petit écran n’a eu de cesse de nourrir le grand œuvre de David Lynch. C'est cette boîte à images qui meuble la chambre obscure de notre inconscient et du sien, et fait partie de notre quotidien bien plus que le cinéma. Lynch a bien essayé d'émouvoir le grand public à travers ses films, mais a surtout touché le petit club des cinéphiles. La série télévisuelle Twin Peaks fut l’exception. Elle lui permit d’emporter l’enthousiasme d’un public bien plus large.

Ce retour aux sources de sa série culte répond probablement à son envie de faire de nouveau chialer tous ceux qui ont perdu le sens des télé-réalités. Faire vibrer les amateurs des super-pornos de Marvel et trembler les adorateurs des zombies du PAF. Nous faire passer de l’autre côté du miroir médiatique. Nous faire pénétrer la chambre rouge d’Hollywood, la fabrique à rêves, le cauchemar de tout réalisateur qui veut donner de la profondeur à un cinéma trop formaté et superficiel.

Hollywood, c’est là-bas que nous vivons tous, l’antichambre où se forment nos opinions et se perdent nos illusions. Hollywood, ce succube qui aspire à nous retirer tout désir d’investir le réel, lui qui a tout empire sur nos sens, il donne aux petits la folie des grandeurs et aux grands de ce monde l’ivresse des pires bassesses. Petit à petit, du grand au petit écran, des fakes news au storytelling, il nous transforme en spectateur apathique de la chute de nos démocraties.

David Lynch reviendra peut-être à ses premières amours, la rose bleue, l’héroïne de sa jeunesse : Feue Marylin. La nymphe, le diptyque, elle, lui, qui dans l’amour se sont perdus, se sont trouvés. Eprise de détours, jumelle dans ses atours, cette double vie s’écroula sous nos regards ahuris et nos esprits abrutis par l’industrie du divertissement. Des paillettes, des étoiles, elle a été engouffrée par Hollywood et dévorée par sa machine à nous raconter des histoires. Nous avons déjà oublié, nous l'avons déjà rangée dans notre collection de films et séries télé à ne plus regarder. Le passé est bien vite passé. Il ne tient qu’à un fil de poussière, une poudre de perlimpinpin, qui nappe nos souvenirs sérialisés.

Aide-nous David à atteindre des sommets de beauté et quitter ce monde des images en douceur, aide-nous à trouver les mots qui auront un jour prise sur nos cœurs et notre destin.

samedi 18 février 2017

"La la land" de Damien Chazelle


Dans deux mois nous serons amenés à voter pour le prochain président de la République Française. Dans l'attente d'un renouveau qui se fait languir, les rêves se noient dans les désillusions et les illusions font loi. Pencher à droite, pencher à gauche, le balancier politique rythme la même petite musique tous les sept ou cinq ans, orchestrée par nos médias ronflants et serinée par nos petits politiciens à la langue de bois.

Mais quel est ce bruit de fond? La mondialisation? Elle fait battre le coeur de l'Europe, de la France, trop vite, trop fort; plus personne n'arrive à suivre, les cordes se brisent, les cors s'essouflent; nous ne pensons plus qu'à survivre, négligeant nos proches, nos racines, oubliant que nous revenons de loin, de ce pays où nous pouvions encore fredonner la la la nonchalamment et nous aimer sans penser au lendemain.

samedi 20 juillet 2013

"Like someone in love" d’Abbas Kiarostami


L’amour a cent visages. Lisse et lumineux, il semble peu se soucier des marques du temps. Les néons du cœur vibrant de Tokyo l’emporte jusqu’au petit jour où il prend des détours sinueux, là où la fraîcheur de la porcelaine se frotte aux nervures d’un cuir usé. Il s’éloigne des brisées d’une sociologie vieillissante, s’enivre de la rage de comprendre, se noie dans les larmes d’une jeunesse saoule. Il est l’innocence des première fois et la mélancolie du dernier repas. L’amour est sans visage et se perd dans les bruits de la rue. 

lundi 19 novembre 2012

"Amour" de Michael Haneke


On mesure généralement à tort ou à raison la qualité d’un film à la quantité d’émotions qu'il peut procurer au spectateur. Les rires tonitruants. Les chaudes larmes. Il m’est arrivé de sourire lors de certaines scènes d’Amour, de m’identifier aussi et de penser avec tristesse à la perte d’un être cher. Je n’ai pas pleuré, mais j’ai ressenti à un moment un frisson rare dans le cinéma de ce réalisateur qui interpelle le plus souvent notre intelligence. Cette réaction inattendue de mon corps s’est manifestée lors de la séquence des tableaux à l’huile. Ces paysages de campagnes et de rivages, ces fenêtres qui ouvrent sur notre imaginaire ont rappelé  à mon souvenir un des premiers plans du film, celui du cadavre de la femme maculé de fleurs des champs, un plan parfait, magnifique, d’une beauté ineffable. Ce premier plan a été un choc visuel qui, par sa brièveté, sa violence, sa force a parlé avant tout à ma raison. Il m’a dit que la mort était là, dans cette maison. Elle rode encore dans ma mémoire, me hante et comme cette femme qui peu à peu perd conscience, comme cet homme qui progressivement perd pied avec le réel, ce plan initial, annonciateur de la fin, a grandi en moi pour enfin me faire comprendre qu'elle n’aurait pas lieu. Quand la mort pénètre la demeure d’Anne et Georges, l’appartement est vide : l’Amour a déjà recouvré sa liberté, emporté par la folie.

jeudi 14 avril 2011

"Monsters" de Gareth Edwards



« Love is a restricted area ». En français, étrangement, on serait tenté de traduire cette phrase par : « L’amour est un domaine réservé ». La signification est toute autre, mais pas si éloignée. L’amour est un monstre qui ne peut être contenu, qui échappe à toutes les interdictions, toutes les violences, toutes les misères, fait trembler l’humanité jusque dans ses racines les plus profondes. Il fait tomber les murs qui séparent les égoïsmes, franchir les frontières idéologiques, déjouer les promesses du mariage. Sa puissance est dévastatrice, effraie, mais émerveille tout à la fois par son étrangeté, sa grâce, son ambigüité, sa capacité à se renouveler sans cesse malgré le désespoir et son lot de détresses. Les hommes veulent l’encercler, le contrôler, saisir son image, percer son secret, mais il fuit, trace sa route, évite les écueils de la raison pour s’achever tendrement dans l’intimité d’un simple baiser.