lundi 18 décembre 2017

"La quatrième dimension", Saison X, Episode 1: "Entrez!"


Ma porte, elle s'ouvre avec la clé de l'imagination. Au delà, il y a une autre dimension. Une dimension sonore, visuelle, mentale, un royaume fait d'ombres et de l'essence de toute chose, des objets de ma pensée et de sujets insensés.

Bienvenue, les amis ! Vous venez d'entrer dans ma quatrième dimension à la con.

Je me présente: Jeffrey Beaumont, la quarantaine mal assumée. J'ai manqué mon adolescence - elle m'est passée sous le nez - et ne sais m'en extraire, gardant les illusions et les maladresses de mes jeunes années, tout comme les envolées lyriques et décalées de ceux qui ne sauront jamais aimer.

J'écris de temps en temps. Je crois que mon salut réside à la dernière page d'un roman inachevé. A quoi bon vivre si tout a une fin? Vivre sans avoir vécu, c'est vivre sans fin, n'est-ce pas? Je crois en cette idée qu'il faut mieux être un écrivain raté qu'un raté tout court, mais je suis déjà à court d’idées et je passe à la suivante, celle qu'il faudra bien achever un jour ou un autre, six pieds sous terre et le pissenlit entre les dents.

Elle s'approche. Je le sens. Je sais que le temps m'est compté désormais, que je perds mes cheveux, que je dois trouver vite un sens à ma vie. Il y a ma femme, idéaliste éperdue; il y a mon fils, un ange qui m'est échu. Déçu? Je ne le suis nullement. Je voudrais juste compter pour ceux qui restent, qui continuent à rêver, tout simplement.

Je m'accroche. J'attends, nu comme un vers à la Houellebecq, le compte en banque à sec. Il est encore temps de refaire ma vie comme au premier jour, de renaître à chaque mot, chaque verre. Je pense à ma femme, mon fils, mon père, ma postérité. Je voudrais juste pouvoir compter les jours qui me séparent de l’éternité.

Mais attendez! J'entends frapper...


"Je t'aime, je t'aime" d'Alain Resnais

Il me faut faire court. Le temps presse. Personne n'a le temps de me lire ou alors j'ennuie. Pas de style, pas de fond. Au fond, pas le temps. Rester sur l'essentiel et l'air du temps, c'est ce qui importe. Je cherche. Je cherche. L'amour c'est l'essentiel, certes, mais y penser me blesse. Comment s’y prendre? J'entends des rires. Je pose mes doigts sur mes lèvres. Mes pensées, je vous les offre comme un baiser. J'ai toujours cru que vous les partagiez. Penser à quelqu’un, y penser fort, c'est comme ne rien penser, n'est-ce pas? Les marques d'affection à moins qu'elles ne se remarquent ne laissent aucune trace. C'est ici que je les laisse pourtant. Autant de lettres d'amour sans destinataire; tant de regrets et d'envies, de bouteilles à la mer. Mais je ne suis pas seul à attirer l’attention, à chercher l'autre et sa compassion. Je vois toutes ces photos d'enfants grandir, à venir, sur Facebook, sur Instagram. Je vois le mien, si beau, si touchant. Je vois ces joies, ces mariages à foison, ces amis autour d'une table ; un frère au sud, un frère au nord, mes parents au centre de tout ; ces paysages magnifiques, ces horizons indépassables. Je sais que c'est l'essentiel, mais tout cela m’échappe.

mardi 14 novembre 2017

"Wonder Woman" de Patty Jenkins

Signe des temps, Wonder Woman s'impose dans l'univers testostéroné des super-héros. Elevée dans la ferveur d'un père tout puissant et la crainte d'un amant westeinien, elle s'octroie tous les attributs machistes, du fouet esclavagiste au phallus-glaive, pour mettre à bas les démons des hommes, et empaler des armées de goujats médusés par son amour ravageur. Elle s'en va jusqu'à émasculer la flèche de l'Église et son patriarcat mâtiné de bons sentiments au paternalisme sirupeux. Elle n'hésite pas non plus à mettre à mal sa féminité pour pulvériser ces fantasmes masculins désormais si honteux et dissiper leur miasme musqué aussi toxique que capiteux.

Signe des temps, Wonder Woman s'amourache d'un brave soldat dont la seule ambition n'est plus tant de sauver le monde de son manichéisme castrateur, que d'immortaliser le jour où il succombe, la fleur au fusil, au charme irrésistible de l'égalité des sexes.